Bonjour et tous mes meilleurs voeux pour 2004
Je m'appelle Férid Felassine , je suis tunisien et je suis un passionné de la mer et de l'histoire maritime.
Bravo pour votre site. Il est à la fois très intéressant, très enrichissant et très émouvant.
Pour actualiser à mon modeste niveau l'histoire de Menzel Bourguiba, je me permets de vous communiquer à titre d'information copie d'un article paru le lundi 5 janvier 2004 dans le journal La Presse de Tunis (www.lapresse.tn) concernant l'avenir de la réparation navale dans cette ville. L'histoire continue...
Bien amicalement
Ferid - Paris



Infrastructure
Le chantier naval de Menzel Bourguiba reprend du service
•Un récent appel à capital a trouvé des échos favorables
• L'adjudicataire sera connu au premier trimestre 2004
• Mise à niveau pour un coût immédiat de 5 millions de dinars et un investissement global de 13 millions de dinars échelonné sur 10 ans

Construit au début du siècle écoulé à l'époque du Protectorat français pour les besoins de maintenance et de réparation des unités de ses flottes navales militaires et civiles, le chantier naval de Menzel Bourguiba (ex-Griba puis Sbiha puis Ferry-Ville) était, lors de la pleine période d'exploitation intensive, l'un des plus beaux fleurons des chantiers navals du bassin méditerranéen.
C'était en tout cas essentiellement au rythme de l'essor de «l'arsenal» (appellation commune de ce chantier naval), appendice stratégique d'importance des installations maritimes (civiles et militaires) de Bizerte, que se sont développées l'urbanisation et la démographie de l'ex-Ferry-Ville, et que s'est ancrée une tradition de réparation et de construction navale de gros bâtiments (bateaux) dans la région de Bizerte.
Un complexe naval très important
Initialement, l'enceinte de l'arsenal renfermait une cinquantenaire d'hectares sur front sud-ouest du lac de Bizerte.
110.000 m2 couverts de ces 50 hectares constituent les ateliers de réparation et les locaux à usage logistique et administratif. Mais les joyaux de l'arsenal sont ses quatre bassins de carénage et de réparation :
• Deux bassins (n° 1 et n° 4) de dimensions identiques, soit 190 mètres de long, 30 m de large et 9 m de profondeur.
• Un bassin (n° 2) de 240 m de long, 35 m de large et 12 m de profondeur.
• Un bassin (n° 3) de 90 m de long, 15 m de large et 4,5 m de profondeur.
Ces bassins sont dotés de bateaux-portes (un chacun) pour les isoler, au besoin, de la mer et d'installation de pompage (trois pompes) permettant la mise des bateaux à réparer en «cale sèche».
Des installations sous-exploitées qui se délabrent graduellement Le 15 octobre 1963, avec l'avènement de l'évacuation des troupes françaises de Bizerte, l'arsenal a été décapité de son staff technique et de ses machines-outils les plus performantes de l'époque. Cela avait entamé sérieusement le potentiel matériel et humain et le rayonnement de ce chantier naval.
Pour assurer la pérennité de ce complexe naval peu commun, le gouvernement avait alors créé, en 1963, la Socomena (Société de construction et de réparation mécaniques et navales).
Ensuite, et avec la création de sociétés industrielles dans son enceinte et l'installation plus récente dans cette même enceinte et sur plus de 21 hectares du Parc d'activités économiques de Bizerte, le «territoire» de la Socomena s'est réduit pratiquement de moitié mais garde toujours ses quatre bassins de carénage et de réparation et les ateliers et installations y attenants.
Mais c'est surtout la notoriété internationale de l'arsenal qui en a pris un sacré coup, vétusté des installations aidant. M. Amor El Aïfa, actuel Président-directeur général de la Socomena, nous a confié que sans le soutien financier de l'Etat (près de 50 millions de dinars ont été investis depuis 1963 pour éponger les déficits annuels de la société ) la Socomena aurait été conduite à la liquidation depuis belle lurette… en dépit de quelques coups d'éclat tels que la réparation d'un cargot panaméen gravement endommagé (1965), la fabrication du nouveau bac de La Goulette et l'obtention de la certification ISO 9002 le 20.12.2000 et de la certification ISO 9001 le 25 janvier 2001… «Sachant que les deux dossiers d'obtention de ces certifications ont été complètement élaborés par les cadres de la Socomena», précise-t-il, 11 cadres sur un effectif global de 256 employés, ce qui est nettement dérisoire pour un complexe de cette envergure capable d'employer dans des circonstances «normales» mille cinq cents agents.
Des expériences de partenariat non concluantes
Des tentatives de partenariat avaient pourtant eu lieu avec une firme allemande (1965, accord mort-né), avec un chantier naval français (de 1982 à 1986) et plus récemment avec un chantier portugais (qui a été déclaré en faillite avant de pouvoir respecter ses premiers engagements).
Pourtant, et avec ses seuls moyens, si limités soient-ils, la Socomena pourra, ajoute notre interlocuteur, équilibrer son budget pour peu qu'elle arrive à décrocher cinq contrats d'arrêts techniques (révision de bateaux) par an. Cela peut se faire avec une collaboration, assurant une solvabilité de paiement, avec des pays voisins et notamment la Libye qui dispose d'une trentaine d'unités navales.
Ce qui serait nécessaire pour la remise à niveau de l'Arsenal
Sans aller jusqu'à l'acquisition de «docks flottants» qui arrivent à mettre en un temps record en cale sèche des bateaux à réparer sans l'usage de bassins conventionnels, l'arsenal pourra moderniser ses installations et équipements existants par des actions ponctuelles telles que le remplacement de deux pompes existantes sur les trois (une seule pompe est actuellement ralativement neuve), la diminution de la profondeur des bassins (pour gagner sur le temps dispensé à la mise en cale-sèche), l'acquisition de supports de coques de bateaux mobiles et réglables en hauteur, le remplacement des bateaux-portes, la modernisation des équipements d'atelier, et une bonne campagne de réhabilitation de l'image de marque du chantier naval de Menzel Bourguiba. Ces actions de remise à niveau coûteraient, selon les récentes études, cinq millions de dinars d'investissements immédiats et treize millions de dinars d'investissements sur dix ans.
Des opportunités de marchés
En fait, avec la rigidité des nouveaux règlements en matière de navigation maritime où les bateaux poubelles sont bannis après les récentes catastrophes écologiques que certains d'entre eux ont provoquées ces quinze dernières années, et outre les mesures draconiennes (double coque bientôt exigée) qui seront appliquées pour les bateaux de tous genres, les armateurs seront contraints «d'ouvrir leurs chéquiers» aux chantiers navals pour révisions périodiques (arrêts techniques à cycles réguliers) ou réparations de leurs unités. Le mieux-disant et le plus proche chantier naval serait donc privilégié et, dans un tel contexte, un chantier naval de Menzel Bourguiba remis à niveau et de par sa position stratégique au cœur du détroit de Sicile en plein centre de la Méditerranée, pourrait pleinement décrocher une bonne part de marché en dépit de la concurrence des chantiers navals italiens, français, espagnols, portugais (dont certains cherchent d'ailleurs à se délocaliser), maltais et turcs.
Appel à capital… entendu
Le dernier cahier des charges d'appel à capital (où il avait été tenu compte des insuffisances des appels d'offres précédents non concluants) a trouvé écho auprès d'investisseurs qui ont présenté, cette fois, leurs offres. Tunisiens, portugais, français, italiens se trouveraient sur les rangs et la dernière étape du choix de l'adjudicataire sera effectuée début 2004 par une commission ad hoc du Premier ministère.
Enquête conduite par L.S