VISITE A MENZEL BOURGUIBA DE LILIANE RANDAZZO GAHERY Septembre 2004
Menzel doit être visité plusieurs fois pour retrouver le Ferryville de notre enfance et s'imprégner de ses odeurs et de ses habitants.
Le centre s'est déplacé.
Toujours très animé la place du marché avec son kiosque à musique.
Une visite du marché s'impose, l'odeur des volailles vivantes - odeur un peu oubliée - les étals de poissons - les boucheries - quelques tortues dans un panier.
Il manque un peu les crémeries, les charcuteries avec leurs odeurs de pâté et de chaussons dorés.
L'incontournable Pharmacie Vassalo, le magasin Robana, le café de Paris, le Monoprix - la poste - la mairie - la salle des fêtes, le petit jardin public - un cinéma je crois le Ferry-ciné, avec ses séances de ciné-club. Une coquette station service qui me semble t-il appartenait aux parents de Jean Claude Fiordarencio.
Une odeur de pétrole me rappelle un marchand ambulant "pétrole".
La rue qui monte aux arcades avec ce fameux gratte-ciel - qui me semble si petit à présent.
L'église sans clocher certes - mais porteuse de nombreuses fêtes qui ponctuaient notre enfance : mariage, baptême, communion, fête Dieu, Mois de Marie.
On contourne l'église, le presbytère, l'école Ste Agnès - la salle Ste Bernadette, avec ses documentaires sur l'évangélisation - l'école St Joseph avec ses kermesses - qui s'en souvient avec ses jeux de boules , la pêche et surtout la poste restante……… grâce à qui des amours naissaient.
Les écoles primaires et maternelles laïques. Là le nom d'une maîtresse me revient à l'esprit Mlle GUEDJ - école des garçons.
Un petit détour pour revoir la rue de notre pâtissier Sylvestro, l'odeur des choux à la crème, des millefeuilles, les glaces vanille /pistache.
L'emplacement du Farfadet cher à nos cœurs,
Un petit pincement au cœur de voir les initiales de mon père sur une boulangerie fermée. J'ai essayé de fermer les yeux pour retrouver les odeurs de pain frais de levain - des plats au four des dimanches et jours de fêtes qui embaumaient les rues -là je ne m'étendrais pas...
La Maison Rais fermée, le café maure fermé - la petite place semble vide.
le café des bretons fermé aussi.
Vous souvenez-vous le dimanche soir les brochettes et les merguez grillées de notre ami Jeanfré - servis avec de l'harissa, de l'huile et de l'oignon coupé. Beaucoup d'animations avec les marins en tenue qui chantaient "ils ont les chapeaux ronds, vive la Bretagne.. "
Je suis aussi passée devant la cour de notre petit cordonnier Giovaninej, le souffre douleur de nos jeux d'enfant.
La rue des arabes, hélas plus de beignets, une vieille boulangerie tenue autrefois par mes grands-parents, en pleine expansion - jouxtant la cour de notre ami Bonami - avec son triporteur à bras et ses brioches au sucre.
Des granitas à la fraise au citron et un vieux Monsieur qui disait en guise de slogan "granita, granita qui si la mangea, si marita " Pizzo ou Rizzo, je ne me souviens plus très bien.
Des noms me reviennent à l'esprit, Cananzi, Adamo, Gilioli - Bergamine (les coquins ne cherchaient pas pour le dernier) ma mère m'a dit de ne pas le citer ………… à savoir pourquoi ?. Mais il y a prescription depuis.
Je remonte sur le cinéma l'Olympia et là j'imagine les loges en velours rouge, son balcon, l'odeur des glibettes enveloppées dans un papier journal.
Un passant me voyant rêver devant la bâtisse calcinée me demande si j'avais l'intention de l'acheter et de le faire revivre.
La petite Sicile ou la grande Sicile, je ne me souviens pas - en tout cas détruites car trop vétustes.
Je continue le long des caroubiers, les pavillons des cités maritimes - là quelques noms attirent mon attention - villa Mireille - Mon Paradis - Mon plaisir - de nouvelles maisons ont poussé - d'un style différent - qui cohabitent avec nos maisons "coloniales", le mot ne me plaît pas trop, je préférais dire les maisons de nos maçons italiens.
Je remonte sur le temporaire, la grande avenue menant à l'hôpital, l'arsenal, les bâtiments militaires - la kermesse du l4 juillet avec son assiette au beurre.
Guengla.
Au fur et à mesure je découvre les odeurs de Varech, cette magnifique étendue d'eau salée, ce sable, j'imagine les guinguettes au bord de l'eau, j'ai une pensée pour notre ami Robert Busque qui revit devant tant de beauté et là je rencontre une autre personnalité - le Belmondo - Béchir.
Béchir qui est revenu vivre à Guengla entouré de ses frères de passage et de sa mère.
Accueil chaleureux, il me cite des noms que j'ai un peu oublié.
Plus beau que Belmondo le Béchir avec ses lunettes noires et ses cheveux blancs.
Il me montre avec des yeux larmoyants une barque avec laquelle les cendres de Robert Busque ont été éparpillés dans les eaux du lac.
Il me dit qu'il pense souvent à ces années de jeunesse et combien avec ses amis restant ils se sont sentis comme orphelins dans les années l960. Comme nous - ils ont cherché de nouveaux repères.
Comme nous ils ont fait leur vie, certains à la retraite.
Je revois ces amis, avec qui nous avons partagé tant de choses. Je ne cite pas de nom chacun se reconnaîtra ou dans l'inconscient collectif était présent.
Le soir je suis conviée à une soirée chez les frères Tardi, Rosario (Malek), Jean Claude et le jeune Imène - les vins Tardi vous connaissez ?, ils ont fait revivre et prospérer - le savoir de leur père - un vin qu'il faut goûter.
Chacun amène son instrument (guitare , piano synthétique, tabourka) le répertoire de Dalida, Bob Azam , Jos ancarson avec le bleu de l'été et le temps de l'enfance - you are my destiny d'Elvis Presley.
Les chansons de Brel de Brassens , des chansons lancinantes Farid el Attrach , Oum Kalsoum.
Un ancien ami d'enfance arrive en toute simplicité de Tunis, il a eu connaissance de mon passage.
Merci de tous ces témoignages d'amitié, Il me faut aussi parler de l'école des sœurs.
Je n'ai pas osé entrer, j'irai lors d'un prochain séjour.
J'imagine ce préau, cette cour de récréation avec le grenadier, la grotte de Sainte Bernadette. Les odeurs d'encre violette, d'eau de Javel et de cire, les doigts tachés.
Le premier étage de l'école avec ses grandes coursives, les classes des grandes et surtout la vue que nous avions sur le champ, les coquelicots, les boutons d'or au printemps.
Je revoie aussi le réfectoire avec sa soupe aux choux avec du pain trempé que je n'arrivais pas à avaler - mauvais souvenir ça.
Ces chères sœurs, Elisabeth, Bernadette - Odile - la mère supérieure, Mère Aurélie - qui nous ont tant appris …… - la grammaire, les tables de multiplication qu'on chantonnait avant d'entrer dans les salles de cour. le civisme, la charité chrétienne.
Des noms de camarades de classe me reviennent à l'esprit, Jacqueline -, Nicole, Viviane, Marie-Louise - Maguy - Anne Marie - Josiane - Zène, (zeineb) fouzi (Faouzia) - qui vivent encore là bas et dont l'accueil fut des plus chaleureux.
Bien sur l'inévitable visite au cimetière, cimetière où seulement quelques tombes sont entretenues - je prends aussi un accord avec la gardienne - qui fait ce qu'elle peut - elle ne dispose pas de beaucoup de moyens.
Il faut aussi dire que les cimetières juifs et musulmans ne sont pas mieux entretenus.
Puis pour rentrer sur Bizerte le passage par le stade Morelli je crois, le transwal, le passage à niveau, la briquetterie, des noms me reviennent à l'esprit ADAMO, CANANZI - GILARDI - BERGAMINI là je m'égare peut-être je dois mélanger les quartiers et les époques.
et surtout Tindja.
Tindja qui fait corps avec Menzel, la gare qui rappelle tant ces voyages sur Tunis - le coup d'œil sur la montagne de l'Ichkeul avec ses couchers de soleil inimitables - cette étendue d'eau, ce lac où j'ai aperçu des flamands roses et une végétation aquatique que je ne saurai nommer. Des instants de vie inoubliables.
J'ai voulu aussi revoir le bois de Boulogne - avec au moment des fêtes de pâques les mimosas en fleurs.
Les pique-nique avec l'omelette froide bien cuite des deux faces - enveloppée dans des torchons - les escalopes de veau panées - les pizzas avec la pâte épaisse - l'inévitable salade juive - et le gâteau palestinien, cuit avec le four palestinien.un peu estouffe belle-mère bien sur.