ÉLÉMENTS D'HISTOIRE DE FERRYVILLE
Par Roger Xavier Lantéri

L'ÉPOQUE MUSULMANE


Grande Mosquée de Kairouan
      

             AN 647. Invasion arabo-islamique de la Tunisie. En 661-662 Bassiana et la région du lac sont occupées par Maouîa ben Hodeidj et ses guerriers, Après quelques années de résistance par les autochtones (soutenus par les byzantins et menés par la Katéna (ou "la Devineresse", la Jeanne d'Arc tunisienne), les arabes gagnent la partie en 702 et dès 710-720 arrivent des missionnaires pour islamiser le pays.

BASSIANA DISPARAÎT DE L'HISTOIRE, MAIS NON LE LAC.

             Vers l'an 1000 le voyageur Mohammed ben Youssef ben Ouettak décrit Bizerte et ajoute : "Il n'y a pas d'endroit oû le poisson soit meilleur marché".
             En 1068 le grand géographe cordouan Bakri qui a visité nos lacs, leur consacre plusieurs pages dans sa "Description..." (ainsi qu'à l'Ichkeul qu'il nomme "Comlariya") et il raconte la pêche : "Les marchands commandent au pêcheur l'espèce et le nombre de poissons qu'ils désirent. Alors le pêcheur prend une femelle de bouri (le mulet), il la lâche dans le lac, la suit avec son filet puis retire de l'eau la quantité de poissons dont il était convenu (...). Un lac est rempli d'eau douce, l'autre d'eau salée. Chacun des lacs se décharge alternativement dans l'autre pendant la moitié de l'année sans que la saveur des eaux en soit altérée". Bakri insiste toujours sur la différences entre les berbères et les arabes qui ne se mêlent pas et sont adversaires. Il ne manque pas de souligner que les berbères étaient jadis chrétiens. Ces arabes sont des bandes d'éléments turbulents (Banou Hilal et Banou Soulaym) que le calife d'Egypte vient (ce XIème siècle) de chasser et d'envoyer au Maghreb où ils ruinent le pays par le brigandage nomade. Les arabes de la conquête peu nombreux sont assimilés depuis longtemps.
             Au XIIème siècle le géographe-Idrisi (né à Ceuta en 1099) visite notre région et il note:"Ce lac offre une singularité des plus remarquables. On y compte douze espèces de poissons et durant chacun des mois de l'année, une seule espèce domine sans mélange avec aucune autre. Lorsque le mois est écoulé, l'espèce de poisson disparaît et elle est remplacée par une nouvelle...". Idrisi donne le nom de ces douze poissons. Il y a le bouri (mulet), le klà (sar), la chéblé ou salba (dit poisson juif), le mahal (rouget), le kaoudh ou qarous (loup), le qadjoudj (rascasse) le djoudjé (grondin), le talanta ou talnat (bonite). Il cite un inconnu : le tanfalou. Restent le ladj et l'asbalinitat où les traducteurs voient l'alose et l'épinoche (???). Idrisi poursuit :" À l'Ouest de ce lac il y en a un autre, le lac Tindja. Les eaux communiquent de l'un à l'autre de façon régulière : celles du lac Tindja sont douces et celles du lac de Bizerte salées. Le premier verse ses eaux dans le second durant six mois de l'année puis c'est le contraire et le second s'écoule dans le premier durant six mois. Sans que les eaux de celui de Bizerte deviennent douces ni celles du lac Tindja salées. (...). Le poisson est peu cher et très abondant". Idrisi parle des Arabes comme d'etrangers nomades non encore assimilés par les habitants berbères sédentaires : "Les environs de Tabarka sont infestés d'Arabes misérables".
            Vers 1300 l'historien damascène Abou el-Feda (1273-1331) voit à son tour le lac : "L'hiver, lorsque les oueds sont enflés, le lac d'eau douce déborde, se déverse sur le lac salé et il en fait hausser le niveau. L'été le niveau du lac s'abaisse et l'eau paraît absorbée par la terre".
             1515 (l'année de la bataille de Marignan) ou début 1516, Léon l'Africain né à Grenade visite la région et écrit : " Près de Bizerte, la mer pénètre à l'intérieur des terres par un goulet étroit et qui s'élargit au Sud jusqu'à former une sorte de grand lac autour duquel il y a de nombreux villages de pêcheurs et de laboureurs parce qu'à l'Ouest du lac s'étend la grande plaine de Mateur. Celle-ci est extrémement productive mais elle est grevée de lourds impôts par le roi de Tunis et par les arabes. On prend dans le lac une grande quantité de poissons, surtout des grosses daurades qui pèsent de cinq à six livres (2 à 2½ Kilos). Le mois d'octobre passé on prend une espèce que les africains nomment girafa. Je pense que c'est le poisson qui porte à Rome le nom de laccia ... Cela parce que, avec les pluies, l'eau du lac devient plus douce (...). La pêche dure jusqu'au début de mai puis émigre". Qui dira qui est cette girafa? une grosse daurade ?.
            Léon l'Africain fait encore au XVIème siècle la différence entre les habitants et les arabes présentés par lui comme des rançonneurs nomades. Certains arabes semblent pourtant se sédentariser puisque, dit Léon, ils sont utilisés comme ouvriers agricoles par les propriétaires de Béja.

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